(pour dominique et daniel)

j'aime daniel giraud, et théo lesouaclc'h a raison: "daniel se déshabille nu, jusqu'à l'os (voir le magnifique texte publié par "bunker", marc questin éditeur)-daniel, traducteur, astrologue, poète, nomade, chanteur de blues, ami de jean carteret, libertaire, citoyen du monde, frère de julian beck, grand voyageur, vitupérant avec tendresse contre l'histoire totalitaire, contre la censure totale (meurtre et terrorisme), contre le bureau des idées, les vilains de l'espace et la police du cerveau-nous le retrouvons souvent dans les fanzines et les magazines souterrains, clandestins, aux côtés de serge sautreau, yves buin, alain jouffroy, joyce mansour, daniel biga, théo lesoulalc'h, gaston criel, thierry tillier, christian laporte, didier moulinier, et tous les compagnons de l'underground européen-incroyable ! les "grands éditeurs", un mètre quarante, debout sur un char soviétique, ou à cheval sur un missile pershing, n'ont jamais voulu publier ses traductions du "i ching", ou ses poèmes-yin yang dan, l'être cru, celui qui connaît l'entre-deux -je suis enchanté d'être un de ses amis-je ne possède pas son érudition, ni sa connaissance des langues orientales-je suis un pauvre poète, médiocre étudiant du zen, un barbare civilisé-bref, daniel est "cela ", ou "ça ", ou "rien", et "tout"-je ne connais même pas "mon" ciel-lui, oui, par coeur, mais comme lui je vis avec ma compagne dans les montagnes et les forêts, près des grands lacs et des rivières indiennes-entre ciel et terre-et qui veut le savoir !-nous sommes des clochards célestes, toujours en vacances, terrorisés par le quotidien - "que l'échappée belle soit échappement libre !"-que les balises ne soient plus dans des cadres-que deux soit un-car tout état est policier et toute police est politique-en vrac voici daniel à l'envers du réel, à corps perdu, à âme brisée-créer, son corps et lui, les kô-ans de la poésie nécessaire-la voie du buddhadada, celui qui voit dans la nature de son être, le troisième oeil, kalpa yuga, la danse des quatre coups de dé, le livre des morts français et américains-"hare merda !" s'écrie joël hubaut, parodiant son "family show "-le karma de tous les êtres a la petitesse ou la grandeur-moi, lui, vous, nous n'avons rien, que la voie du milieu, comme michel et valentine juste le temps d'un sourire, c'est vrai, tandis que passent les nuages -et j'espère qu'un jour, alain brissiaud (le livre à venir) aura les moyens de publier ses poèmes et ses traductions-comme daniel je résiste, je comprends, j'oublie tout, même ce que j'ai écrit, demain n'existe pas, hier non plus-mais qui parle dans ma bouche-saga-naufrage du boddhi-dharma, kerouac soufflant les mots de passe, "be bop", poévie-il n'y a pas de bout du monde, il n'y a pas de voyage au bout de la nuit, il n'y a rien, et ce rien bouge dans le miroir vide-lors de son voyage en orient, daniel m'a envoyé une carte postale, kali yuga, kathmandu, signée: "le conducteur du destin"-quoi, quand, comment, et pourquoi pas -il avait rendez-vous avec un autre que lui-même-ceci n'est pas une préface, une postface, un article, ceci n'est certainement pas une pipe-ceci est un clin d'oeil à daniel et dominique, une caresse, un sanglot, un éclat de rire qui glisse entre les pages- quand un homme écrit: "que la neige est triste sans toi" nous savons qu'il était avant de naître-que deux soit un, comme julian beck et judith malina, comme mary et moi, que la vague se brise, que le coeur demeure, que la suite soit au prochain numéro même si on meurt-li po et la mort d'un prunier blanc, et daniel ivre de la lune, fol amour et folle sagesse-juste avant de mourir julian beck un soir, chez victor bockris, m'a convaincu-je veux dire (nous avons fumé un joint) et pendant une heure julian m'a regardé, son regard m'a pénétré, comme la lune folle entre les nuages, et je lui ai dit: "julian I love you", il m'a dit en français: "claude je t'aime depuis longtemps"-et il m'a pris la main, et quelque chose s'est passé-et puis judith est venue s'asseoir sur mes genoux, avec un de mes "magic sticks", elle m'a embrassé, et m'a dit: "je suis vraiment ravie que vous vous aimiez, et que nous nous aimions", puis elle a embrassé mary, tendrement, comme joel hubaut sait le faire, ou arnaud labelle-rojoux, et k-roll-bon, maintenant je déconne, j'sais plus quoi dire ou écrire, j'suis sentimental-car non seulement l'écriture est de la cochonnerie baffrant sur les décombres de la conscience et allen ginsberg est arrivé, me disant: "on peut rien contre toi" et je l'ai embrassé et burroughs, pété, était là, et il m'a dit: "by the way who the fuck is daniel giraud"-"william, he's a man, just a man"-"ah, well"-daniel giraud, la vigie, le barbare à rencontrer, le témoin, un collage d'être et d'âme, un capricorne à qui on ne la fait pas, je crois, pas sûr, un mec qui fait le mur depuis toujours, un dérivant, un saint-et je pense que les "bonshommes de sable" et "les étoiles en plein jour" sont ses plus beaux poèmes-les mecs, écoutez: "face à l'océan sous le flot des nuages comme au ciel sur la terre" -et puis ouvrez vos oreilles et fermez les yeux: "à perte de vue la marée basse de quoi se marrer sur les bastingages", alors soudain on pense à blaise cendrars, à philippe soupault, à henry miller, à kerouac, à corso, à bob kaufman et à richard brautigan-et puis on pense plus du tout: "ce qui roule dans la marée ceux qui marchent dans la fumée ce qui apparaît disparaît"-dan giraud est un "grand" poète; il embrasse l'entre-deux, il est à demi-plein, à demi-vide, et le son d'un vieux blues qu'il crache en pissant sur les myrtilles, là-haut, dans la montagne, mon pote, tout ,ca pour te dire que je t'aime

cooperstown, octobre mille neuf cent quatre vint cinq
claude pélieu