Nous vivons dans un monde où la plus haute fonction du signe est de faire disparaître la réalité dans une profusion d'images où il n'y a plus rien à voir, et en même temps de masquer cette disparition.[...] Parce que rien ne veut plus exactement être regardé, mais seulement absorbé, et circuler sans laisser de traces. [...] Mais, rigoureusement, ce crime n'est jamais parfait, parce que le monde se donne au-delà de ses apparences, il le fait par les traces de son inexistence, par les traces de la continuité du néant. Avec le néant lui-même, la continuité du lien laisse des traces. C'est en cela que le monde trahit son secret. Il s'escamote lui-même, à chaque instant en se cachant derrière ses propres apparences.
(Jean Baudrillard - Le crime parfait - 1995)
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We are living in a world where the higher function of the sign is to make disappear reality in a profusion of images, where there is nothing to see any more, and at ounce to mask this disappearance. [...] Because nothing wants to be looked at, any more, but only absorbed, and digested without leaving tracks. [...] But, precisely, this crime is never perfect, because the world gives itself away through appearances, which are the traces of its inexistence, traces of the continuity of nothingness. For nothingness itself, the continuity of the link leaves traces. It is by this that the world betrays its secret. It is by this that it lets itself be felt, all the while concealing itself behind appearances.
(Jean Baudrillard - The perfect crime - 1995)