Il arrive que dans le monde de l'art, l'on perçoive d'étonnantes correspondances…

    En voulant évoquer chez Thierry Tillier la mise en page et la "technique d'association" des éléments de ses collaqes comme " une" histoire de Belgique ‑ et "autres" images électriques ‑ (je souligne que ma ponctuation est tout à fait subjective...) dans un pays ou tout est si bien connoté que toute interprétation sortant de l'ordinaire est considérée (0 suprême transgression!) comme amorale, cette "magicke"  (sic) Belgique donc, qui fut de l'année 1835 (balbutiements d'un royaume) à l'an 2000 (début d'une future et fantasmatique privatisation ), le pays du rail (on le prendra comme on veut par l'orthographe, par la bouche, par  l'oreille ou par ailleurs! ... ), je pensais à quelqu'écrivain globe‑trotter errant dans les sentiers du monde et de la création, à des chercheurs d'ombres dans les laboratoires de recherche scientifique ou les chambres noires, aux célèbres promenades de tant d'écrivains revivant par impressions succes­sives les coins et recoins de Paris, par exemple.

Je pensais également aux musiciens de jazz utilisant quelques phra­sés de standards pour relancer leur inspiration et aiguiser la perception de leur propre blue note. Me revenait en mémoire (il y a une décennie ou deux) le dernier concert du Sun Ra Arkestra à Bruxelles où Archie Shepp, marqué par ses années de colère, se leva pour prendre un solo de saxophone d'où ne sortit que son souffle. Je n'ai pas oublié non plus David Bowie et Lou Reed "s'associant" avec leurs cut‑up (grande technique de créatîon béate autant qu’angé­lique) pour sortir Iggy Pop du trou à la fin des années 70. Et comment dire mon ravissement de savoir les cendres de Timothy Leary rejoignant les anges dans la très couûteuse  urne funéraire de sa capsule spatiale?

Même si l’inconnu ne peut jamais être identifié que par rapport au connu, les histoires et les images de Thierry Tillier nous ramènent effective­ment à un aspect éro­tique dans le domaine de la création.  À l'inverse de la recherche actuelle sur les peintures et les manuscrits où des actes d’élaboration créatrice (effacements, recouvre­ments, interventions, repentirs, déchirures et recoupements) sont in­ventoriés et analysés méthodiquement, les artistes et les scienti­fiques arrivent finale­ment assez paradoxale­ment au même résultat: il n'y a plus de second plan.

Le collage, par définition, "unifie"" en quelque sorte un ensemble d'éléments, d’images, de débris, avec ou sans interven­tion graphique... Au fur et a mesure de son élaboration, l'imaqe, à l'instar de l'écrit, s'in ‑terpénètre. Plus clairement ‑et plus particulièrement‑, l'éro­tisme toujours apparent et évident de l'image n’est que la résultante d'une succession d'évé­nements beaucoup plus intimes liés à «I'agenda» de l'auteur (étymologi­quement, choses à faire). En ce sens, des souve­nirs, des informations, ajoutés les uns aux autres au fil des ans appartiennent à une accumulation de notes "culturelles" (NB: même le jeu de mot est pos‑ sible!) devenues intimes, nous ramènent à une extraordinaire délicates­se de la perception‑ comme une < Nymphe, se revêtant toujours de ce qui la dénude > (Rainer Maria Rilke in 'les quatrains valaisans" qu'en 1926, il dédicaçait a Madame Jeanne de Sépibus‑de Preux.)

je ne saurais que recom­mander la (re)lecture, même légèrement déca­lée, de ces trente‑six petits textes dont je ne peux m'empêcher de retenir que

< c’est presque l'invisible qui luit / au‑ dessus de la pente ailée" ou ... une lettre déchirée qu'on était en train de faire / pendant que le destinataire / hésitait à l'entrée >

      On retiendra des "collages"" de Thierry Tillier, outre leur trou­blante intimité, la délica­tesse d'une couleur, la subtilité d'un change­ment de plan et leur extraordinaire, minima­le, économique et parci­monieuse énergie. Les clignotements de ces images électriques n'ont de structure formelle que celle des anges mysté­rieux auxquels TT fait souvent allusion par delà les nuits blanches et la fatigue noire d'une extravaganza mil­limétrée.

Oui, les médias de com­munication virtuelle qui font l'effervescence de notre époque ne nous feront jamais oublier que, quelque part, les anges respirent des images électriques tel feu William S. Burroughs dans un garni bunkerisé new‑yorkais épluchant les notices pharmaceu­tiques des médicaments <psychotropisants> comme s'il lisait les livres sacrés des mystérieux secrets de la percep­tion...

Ghislain Olivier. 2001.