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Si l'on excepte quelques peintures, des photographies, des films super 8 réalisés par Thierry Tillier, qui est né il y a presque 50 ans à Charleroi, on peut dire que cette exposition présentée par la bibliothèque Rimbaud et les éditions de l'heure constitue en quelque sorte un anniversaire.

En effet, il y a trente ans que Thierry Tillier a commencé son travail. C'est en 1976, que Tx met en route à Charleroi la revue "Anatolie au café de l'aube", sa première machine de guerre constituée de fragments de textes et d'images toxicologiques…

Onze numéros et plus de 300 pages paraîtront ainsi pendant 4 ans.

Et si besoin en était, on se souviendra qu'y ont été publiés quelques personnages récurrents du monde de Tx comme, par exemple, Chavée, Ginsberg, Verheggen, Burroughs, etc.

Il est vrai qu'à cette époque, et parallèlement à la durée de vie de cette revue c'est-à-dire jusqu'en 1984 approximativement, une effervescence artistique hors-norme existait à Charleroi - à l'époque on employait le terme underground.

Même si des œuvres de Tillier viennent de rejoindre la collection du Musée des Beaux-Arts de Charleroi, il est regrettable qu'aucune trace officielle de ce phénomène n'ait été conservée ni même répertoriée dans notre ville…

Car comme le signalait Laurent Busine, le directeur du Musée des Arts contemporains du Grand Hornu dans une interview publié dans Flux News au printemps dernier : " Pendant 20 ans nous avons monté à Charleroi une série d'expositions, produit des œuvres et aucune pièce n'a pu être conservée. Je ressentais ça comme une anormalité." (fin de citation)

Avec le recul, on peut dire que l'œuvre de Thierry Tillier est comme celle d'un oiseau qui construit son nid à l'envers : elle est issue de ruines de formes appartenant à d'autres formes. L'artiste permet aux différences de s'accoupler dans la fusion des disciplines.

Et, comme l'écrivait Diderot : " J'aime ce passage du marbre à l'humus, de l'humus au règne végétal, du règne végétal au règne animal, à la chair".

L'on sait qu'avant la culture virtuelle actuelle, il y eut les livres, les atlas et les magazines, les photos et les chromos, les stencyleuses et les photocopies…

Ainsi, à partir de certains produits de l'art et à partir de certains produits que consomme la société Thierry Tillier pratique dans un même champ de perception et de connaissance, certaines analogies et certains regroupements dans une sorte d'isolement maintenant trentenaire…

Gh.OLIVIER (août 2006)

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